Xaaliss Taxul (L'argent importe peu)

Peinture - Sculpture - Installation - Vidéo

Biennale Dak'Art 2010

Mairie du Point E - Dakar

La Tabaski approche, celle du mouton, celle de l’homme, celle de la société, celle de DIEU. Elle est même déjà là, suivie des vieilles épopées  (La vallée du Nil, la Nubie, la Phénicia, l’Ifrihiya, celle d’Abraham, Noé, Jacob, Jésus, Mohamed. Elle est un Prophète, elle est même DIEU. Elle ne connaît point de supérieur et DIEU ne lui connaît point – qu’éternité. Elle est commencement, recommencement. Elle est dans la rue, elle est dans les usines, elle est sur les places, elle est sur les mers, elle est celle des châteaux, elle est celle des presbytères, elle est celle des lagunes, celle des déserts. Elle  est sacrifice, celle des moutons qui se pavanent car ils préparent et annoncent tout en exaltant le sacrifice d’Abraham l’avènement d’un geste de dévotion essentielle. Elle est celle des hommes qui ont prit place sur toutes les places pour la prière. Elle est celle des expositions du mouton du Mali, de Mauritanie, du Niger, du Nigéria. Ces expositions des béliers, des taureaux, des cabris et des coqs en cage. Des garages plein-air, des arbres – (Ne vous occupez pas de moi, lavez, peignez les moutons). De fass, grand-Dakar, Pikine, Guediawaye, - je filme les mutons tranquillement. Pas vous, faites comme si je n’étais pas là. Ne me faite pas la querelle, on parle mouton. Et là je ne vous dérangerais pas. Vous marchands qui occupez les temples, les tentes et les rues, marchandez. Moi je suis l’intrus qui serait venu s’immiscer dans l’intimité des moutons, des hommes, faites comme si je n’étais pas là pour le sacrifice juste là pour faire des images sur Ismaël et Yacouba. Et des gens aux moyens modestes qui cherchent leur mouton. Ce n’est pas une question d’argent, non moi je suis là pour vous aider à satisfaire votre propre désir d’exhibition, d’inhibition de défoulement. Non ce n’est pas une question d’argent. Je suis juste là pour vous donner une occasion de vous expliquer sur vous-même et face à votre propre miroir qui vous renvoie en un dieu monothéiste. Ce n’est pas une question d’argent, ce n’est pas celle des nourrices, des gestionnaires des opérateurs, des artistes. Ce n’est pas une question d’argent – l’élément mâle, non. La pureté des intentions, l’aspect totalement désintéressé des hommes totalement de l’expérience des hommes livrés en pâture pour des buts bassement commerciaux. Il s’agit d’une recommandation divine, d’une volonté divine, il s’agit du Ndiguel. L’affluence est si grande si grande dans les rues qu’on doit prier pour le mouton, le laver à l’eau de mer, le présenter en une occasion exceptionnelle, l’attacher à un arbre, le présenter aux voisins qui n’ont pas d’argent. La propriété du taureau, du chameau, du coq est l’homme qui doit résoudre le problème de l’électricité et le maire et les imams et les camions des éboueurs pré-stationnés  pour les peaux épidémiques, a chaque musulman son mouton de tabaski. En plein air ces gens massés sur les trottoirs avec les moutons qui ont des idées énormes des milliards – non Ce n’est pas une question d’argent, mais une recommandation divine. Sacrifier de sa richesse et affronter les hasards du voyage. Sacrifier c’est faire acte du pèlerinage. Xaaliss Taxul, Ce n’est pas une question d’argent. Mais de quelques consultations, des photos pour l’illustration des affiches les long des parcelles assainies et des journaux peoples. Grâce au mouton, on gagne une tabaski et un téléphone portable. Ce n’est pas une question d’argent mais une question de principe de la loi : choisir un moindre mal au nom d’un plus grand bénéfice et de sacrifier un petit bénéfice pour éviter un grand mal. Ce petit mouton qui tête et donc la silhouette plus grande que nature est le héros parmi cette foule anonyme. Ce petit mouton qui tête, c’est vous et moi. C’est le paysan, c’est l’ouvrier, c’est le marchand, c’est la ménagère, c’est le citoyen donc les joies, les douleurs, les risques et le courage au quotidien, les angoisses et les souffrances valent mille et mille fois avant que les aventures d’exception de hauts personnages de la république  ne fassent bas. Ce petit mouton de sacrifice ne connaît point de sacrifice aux rites antiques. Bien sûr, dans les rues un décor de moutons se substitue à celui des garages, des ateliers, des manufactures, des banlieues aux avenues sablonneuse et populeuses. Des édifices inachevés en bordure de mer, ce décor est l’avant-goût. L’annonce d’un jour de plénitude, de partage. Ce sacrifice, ce n’est pas pour l’argent, ce n’est pas pour une nomination à un poste. Ce n’est pas pour sacrifier son adversaire et prendre sa place, ce n’est pas une contrainte, c’est une recommandation facultative, une méthode de vie communautaire. C’est un devoir, un sacrifice. Le mouton n’est pas un bouc émissaire. Partager sa viande pour qui le peut avec qui ne le peut pas. L’annonce d’un jour de fête, de fastes pour les enfants. De nostalgie pour qui possède la vertu et la sagesse des prophètes. C’est l’annonce d’un jour, d’un sentiment neuf, celui du partage qui domine tous les autres. Ce petit mouton n’est pouvoir que pour les orphelins. Ce petit et grand mouton est pour les pauvres. Ce petit est grand chameau est pour les veuves. Ce petit est grand coq est l’union des cœurs et à la fois désir de donner la charité et la justice … O ! Dieu pour tout l’homme, tous les hommes, toutes les nationalités, toutes les races, toutes les classes, les métiers, ce mouton du sacrifice pour respecter un passé dont tout le monde connaît le sens. Ce passé dans le sang du mouton à préparer notre présent et ce présent, à son tour, prépare notre avenir. Le sceau. Un garçon a entrevu dans les yeux d’un prophète un demain qui viendra. Il faut donc pouvoir respecter ce rendez-vous fixé, vénéré et célébré. Le mouton qu’on lave. On met du henné aux pattes et à la queue et qu’on peigne. On raconte que ce mouton là, le plus robuste dont la tête tâte l’éternité est celui du croyant. Un mouton blanc, un mouton fauve, un mouton blanc noir. Et le petit berger partit pour un autre foirail, un mouton côtelé entre deux camions, deux trains à la taille de l’homme de fer. Le bélier attaque les passants entre deux fleuves. Il y a toujours un secret de femme majeure : la tabaski. Un secret qui devance l’existence du mouton qui se réfugie plus loin à l’intérieur de l’enclos et à l’extérieur des temples, des cours, des oasis, dans la vallée, sur un tapis d’argent et d’apostrophes divines.

 

Issa Joe Ramangelissa SAMB

Ecrivain-Poète, 30-12-2009